Comment allez-vous ? Avez-vous commencé à mettre en pratique ce que vous avez appris dans la première partie ? Vous avez déjà suivi la moitié des leçons et appris les principaux outils de gestion de l’argent : suivi des dépenses, planification (budget), liste des dépenses futures (engagements et projets) et montant à épargner pour celles-ci, priorisation des dépenses et fixation de limites de dépenses, minimisation des risques… tous ces outils nous aident à nous gérer nous-mêmes en fixant des limites et des rappels, en nous montrant ce que nous avons fait et où nous allons.
Nous pourrions nous arrêter là… mais il y a un défi de taille : nous ne sommes pas seuls à gérer l’argent. Dans la seconde partie de ce cours, nous allons aborder la question de l’argent et des autres… le conjoint qui dépense avec des priorités différentes, les enfants qui réclament des jouets, les proches qui ont besoin de soutien, les voisins, la communauté, la ville, le pays, la Terre… nous allons élargir le cercle progressivement et cela nous aidera à mieux comprendre en partie 3 … le monde de la finance et des sujets tels que l’investissement, la retraite et les opérations bancaires : l’argent est un outil social.
Commençons par le cercle le plus restreint : la famille – et surtout les conjoints. Si vous n’êtes pas encore marié, lisez cette leçon comme une « prévention »… et si vous êtes déjà marié, lisez-la comme une « solution » !
De l’hostilité à la coopération : guerre contre travail d’équipe
- Se disputer à propos de l’argent est fréquent, dans toutes les familles, partout, riches ou pauvres. Cela peut aller du ressentiment non exprimé à quelques remarques, en passant par des disputes fréquentes, voire des violences conjugales et le divorce (ce serait l’une des deux principales causes de divorce aux États-Unis). Ces disputes créent des sentiments négatifs entre les conjoints et ont un impact sur les enfants, et ne font qu’empirer les choses !
- Absence de coordination : les conjoints prennent des décisions ou achètent des choses sans se consulter, ce qui peut être un gaspillage d’argent… et aussi source de disputes ; ou bien un seul conjoint gère toutes les questions financières, mais si cette personne part ou décède, le conjoint restant n’a aucune idée des finances familiales, surtout si la personne disparue était le seul ou le principal soutien de famille.
- Méfiance : c’est un problème silencieux et important. Les conjoints ne se font pas confiance en matière d’argent, ce qui crée du ressentiment et nuit à la relation et à la paix du foyer.
- Différents styles de gestion financière : il est très fréquent que les deux conjoints aient des habitudes de dépenses, des valeurs et des priorités différentes en fonction de leur milieu familial. Il se peut donc que vous ayez commencé à suivre cette formation, mais que votre conjoint ne souhaite pas faire le suivi de ses dépenses ou pense qu’un budget est une perte de temps…
- Revenus différents : parfois, le conjoint ayant un revenu plus faible, voire aucun revenu, se sent « inutile » ou méprisé : la valeur d’une personne ne se mesure pas qu’à l’argent – et la contribution au bien-être familial ne se résume pas au salaire. Un conjoint avec un salaire plus bas ou sans salaire peut contribuer grandement au bien-être de la famille.
- Abus financier : dans les cas extrêmes, un conjoint détient tout le pouvoir financier (revenus, décisions de dépenses) et l’utilise pour maltraiter l’autre.
Votre devoir :
Cela vous semble-t-il familier ? Avant de passer à la partie pratique, faites le point sur la situation financière de votre famille – non pas en termes d’argent, mais en termes de compétences relationnelles :
- Qui prend les décisions financières ?
- Faites-vous confiance à votre conjoint ?
- Vous disputez-vous à propos d’argent ?
- À propos de quoi vous disputez-vous ?
Chaque conjoint peut d’abord faire le point sur la situation individuellement, puis partager ses conclusions avec l’autre… Si vos points de vue sont très différents, c’est par là qu’il faudra commencer ! Si vous êtes d’accord sur le diagnostic, travaillez ensemble à améliorer la gestion de vos finances.
Connaître ses droits et devoirs :
Un autre point fondamental est de se renseigner sur le droit applicable dans votre cas (votre pays, ou lieu de résidence si vous habitez à l’étranger). Si vous êtes mariés par exemple, que dit la loi sur les droits de propriété de l’argent de chaque époux, avant et pendant le mariage : biens communs ou biens séparés ? Qu’en est-il des dettes : engagent-elles les deux époux ou seulement celui ou celle qui a contracté la dette ? Devez-vous rédiger un contrat de mariage ? Ces points peuvent complètement changer la situation financière des époux, en particulier lors de la fin du mariage (décès, divorce…) donc apprenez vos droits et devoirs. De la même façon, si vous vivez en concubinage, quelles en sont les conséquences : êtes-vous aussi bien protégés que lors d’un mariage ? Toutes ces questions méritent de se renseigner !
A mettre en pratique :
Maintenant, concentrons-nous sur l’équité, la communication, le travail d’équipe et les testaments.
- Équité : L’équité commence à la maison, avec ceux que vous aimez et avec qui vous vivez.
- Communication : Que pensez-vous de ces phrases ?
- Tu es vraiment nul(le) avec l’argent.
- Un nouveau téléphone, quelle dépense inutile !
- Tu dépenses trop pour des choses stupides !
- C’est de ta faute ! Tu n’arrêtes pas d’acheter de nouveaux vêtements !
- Les frais de scolarité sont à payer dans 3 mois, il faut encore économiser 300 par mois. On pourrait réduire le budget sorties ?
- Sont-elles des faits ou des jugements ? Elles expriment une opinion et elles accusent. La première étape pour instaurer la paix dans vos discussions financières est de passer des jugements aux faits. Ce n’est pas facile car l’argent est source d’émotions et parler à son conjoint est source d’émotions… donc parler d’argent à son conjoint est très émotionnel : toutes sortes de sentiments s’en mêlent : culpabilité, pouvoir, ressentiment, peur de perdre la face, jalousie, avidité…
- Préparez votre discussion : Vérifiez les faits : vous « sentez » que votre conjoint a trop dépensé, ou vous craignez de ne pas pouvoir payer le loyer, ou vous aimeriez soutenir un membre de votre famille. Notre cerveau est plus doué pour les émotions que pour les mathématiques et déforme facilement les faits… alors vérifiez d’abord vos chiffres. Soyez positif : essayez d’identifier plusieurs solutions possibles : ne soyez pas « centré sur le problème » mais « centré sur la solution ». Ensuite, fixez-vous un objectif : qu’est-ce que vous souhaitez obtenir de cette discussion ?
- Choisissez le bon moment : nous ne sommes pas toujours disponibles mentalement ou émotionnellement pour discuter de sujets difficiles… alors ne vous précipitez pas et trouvez un moment où votre conjoint a du temps et est d’humeur ouverte.
- Pendant la discussion : respirez, tenez-vous-en aux faits, souriez, restez calme, ne vous fâchez pas et ne pleurez pas. Ne dites pas non à tout ; écoutez et respectez le point de vue de votre conjoint. Travaillez ensemble sur des solutions communes – celles que vous avez préparées et celles que votre conjoint suggère. Chaque fois que des reproches ou des jugements s’immiscent, prenez l’initiative de recentrer la discussion sur les faits et la recherche d’une solution. Se concentrer sur les faits permet de dépasser les émotions et de construire un dialogue constructif qui aidera à trouver des solutions. Si la discussion devient trop émotionnelle, arrêtez-vous et trouvez un meilleur moment plus tard.
- Entretenez une bonne communication : malheureusement, dans certaines familles, l’argent est le sujet principal… et unique. Créez une atmosphère paisible et chaleureuse où la communication sur d’autres sujets est valorisée et appréciée comme des moments positifs. Cela facilitera également les discussions financières.
- Travail d’équipe :
- Montrez l’exemple : si vous ne gérez pas votre argent, ne vous attendez pas à ce que les autres le fassent non plus. Revenez aux sept premières leçons et mettez-les en pratique dans votre vie autant que possible !
- Partagez le travail et les responsabilités : Discutez de la manière de partager les dépenses (qui paie quoi – assurez-vous que chaque conjoint ait une facture à son nom comme preuve de domicile). Adoptez une approche « professionnelle » de la gestion financière, comme des collègues affectés à un travail d’équipe et responsables tous les deux. Cela donnera également l’exemple à vos enfants, plus tard, lorsqu’ils se marieront. Si l’un est plus à l’aise avec les chiffres et les tableurs, confiez-lui la gestion du budget. Ou si l’un a plus de temps, confiez-lui le suivi des dépenses et la gestion des factures (paiement, classement).
- Suivez les dépenses pour vous assurer que vous êtes tous les deux sur la même longueur d’onde et éviter la méfiance. Le suivi des dépenses est le meilleur moyen de désamorcer les disputes fondées sur des idées préconçues : tenez-vous-en aux faits.
- Partagez les informations : prévoyez des moments pour partager les informations et prendre les décisions importantes ensemble. Fixez une réunion par mois pour examiner les priorités de dépenses et revoir votre budget familial. S’il y a des dépenses personnelles que vous ne souhaitez pas divulguer (par exemple, vous épargnez pour un projet personnel), décidez de ce qui fait partie du budget familial et de ce qui reste un budget personnel. Assurez-vous que votre système de classement (où se trouvent vos documents importants) est clair et accessible à tous les deux.
- Décidez ensemble : travaillez ensemble sur les objectifs et le budget. Discutez de la manière d’atteindre ces objectifs. Définissez les priorités de dépenses en famille.
- Testaments : Soyez prévenant envers votre famille : préparez-vous à ce que personne ne peut éviter : le décès.
- Mettez vos papiers en ordre : ayez des documents prouvant votre propriété de tous les biens importants (terrain, maison, comptes bancaires, investissements, parts dans des entreprises, etc.) ainsi que des documents pour toutes vos dettes, même les plus petites. Dites à votre conjoint où ils se trouvent. Conservez-les en lieu sûr (diplômes, actes de naissance, etc.). Vous pouvez également les numériser et les conserver sur une clé USB dans un endroit séparé (et sûr) (au cas où votre maison serait endommagée). Faire face au deuil de la perte de son conjoint est encore plus difficile lorsque le conjoint survivant doit se battre pour prouver qu’il est propriétaire de sa maison, ou découvrir des dettes dont il ignorait l’existence, ou ne parvient pas à comprendre tous les papiers laissés en vrac. De plus, dans ces moments difficiles, le cerveau n’est peut-être pas prêt à prendre des décisions sensées et peut être plus facilement la proie de personnes « bienveillantes » qui profiteront de la situation pour l’escroquer.
- Préparez votre testament : renseignez-vous sur la législation nationale en matière de succession et sur ce qui s’applique légalement à votre conjoint (comment vos biens et dettes seront-ils gérés et partagés, quels sont les biens communs et les biens personnels, qu’héritera légalement votre conjoint ?). Si vous êtes le principal soutien financier de votre famille, réfléchissez à la manière dont votre conjoint (et vos enfants à charge) subviendront à leurs besoins financiers sans votre soutien et identifiez des solutions. Rédigez votre testament en conséquence et conservez-le en lieu sûr où il pourra être facilement retrouvé (chez un notaire, un avocat, un ami ou membre de la famille de confiance…).
- Abordez l’inévitable : de toutes les choses qui nous arriveront, la mort est la seule certitude – mais aussi celle dont on parle le moins. Alors, entraînez-vous à en discuter calmement et sans émotion, et examinez les documents et les démarches à suivre avec votre conjoint, au moins une fois, puis mettez-les à jour si nécessaire.
Plan d’action :
- Renseignez-vous sur la loi familiale applicable.
- Discutez avec votre conjoint de la manière dont vous pouvez gérer ensemble vos finances familiales (préparez d’abord votre discussion).
- Établissez ensemble vos objectifs familiaux, et rédigez et discutez de votre budget familial.
- Trouvez la meilleure façon de partager les informations et les documents importants.
- Assurez-vous que tous vos documents importants sont en ordre (en particulier les titres de propriété, les contrats de prêt, etc.) et que vous et votre conjoint savez où ils se trouvent. Numérisez-les. Mettez-les à jour si la situation évolue. Désignez une personne de confiance.
- Rédigez votre testament.